Mistress Bomb H - « SAY IT LOUD - I'm girl & I'm proud » - Bruits de Fond 26 (2018)

Une fois n'est pas coutume, c'est à l'artiste elle-même que nous avons confié le soin de présenter son travail. Résultat :  comme le disque, c'est fort, c'est sincère et c'est à la première personne. Mistress Bomb H dans le texte et dans le son. In yer face.

 

"J'ai toujours aimé ce qu'on appelle les « concept-albums ». Trouver un phare permet de pointer, de virer, d'avancer. Je fais tout : musique, texte et pochette. J'ai commencé à réfléchir à ce disque début 2017. Il y avait des travaux dans le quartier nuit et jour. Ré-aménagement d'une halte ferroviaire, destruction et construction d'immeubles, réfection des parkings et des espaces communs. L'urbanisation en marche, pensée depuis des bureaux d'études et subie par ceux qui sont sur place.

Je suis partie du son, en utilisant les bruits des travaux du quartier, notamment la nuit. Le son est dingue, la nuit. Clinquant, isolé, pur. Mais j'ai élargi le champ. J'ai pioché en journée lors des manifestations contre la loi travail. À Rennes, nous avons été servis, merci. Hélicoptère, grenades assourdissantes, ambiances de guérilla.

 

Cette domination environnementale a eu chez moi une résonance sociétale et politique. Qui est dominé ? Les pauvres, évidemment, mais encore plus précisément et d'une manière assez partagée, celles et ceux qui représentent la part la plus importante de l'humanité, appelée ironiquement « les minorités ». Comprendre les personnes stigmatisées pour des questions de couleur de peau, de sexe ou de handicap. La matière sonore collectée m'offrait une possibilité de renverser les valeurs en affirmant mon point de vue de femme. Pas de verbiage : directe, brute, moite et sexuée. Pour mieux me foutre de la gueule de ceux qui nous cantonnent à ça. Et puis parce que j'aime bien que ça bouge comme ça. Mes émotions guident mon tempo.

J'ai fait ce disque en pensant fort à deux militants des droits civiques qui savaient remuer et faire remuer en écoutant leurs
pouls : Muhammad « Cassius Clay » Ali et la puissance de ses mots lors de son Rumble in the Jungle de Kinshasa face à George Foreman. Et bien sûr, James Brown pour son « Say it loud : I'm black and I'm proud ». À ce propos, je n'ai pas oublié le « a » devant « girl » dans le titre « Say it loud : I'm girl and I'm proud ». Je ne nomme pas, j'adjective. Normalement si vous avez lu jusque là, vous aurez compris.

Si ces deux-là ne sont pas des modèles de tolérance, ils restent à jamais des modèles de visibilisation."

 

Tracklisting :

 A1-Macho

A2-I'm girl & I'm proud

A3-Destroyer

B1-Reverse matter

B2-Jungle queen

B3-MLFMBH

 

Credits :

All songs written // Performed // Recorded // Mixed at home by Mistress Bomb H

Additional collaborations :
Building work, transports and police watch : curious sounds everywhere
Gary Coupeur : Percussions slices on Macho
Unknown : Choir on MLFMBH

Mastered by Nicolas "Ripit" Esterle // Cut by Fred Alstadt at Angström Studio

Pressed at MPO

Linoleum cut by Mistress Bomb H
Artwork and screen print by Eric Mahé and Mistress Bomb H at Atelier L'Imprimerie

Released with the help of :
Kerviniou Recordz (cat. number KRDZ015)
MAPL // Hydrophone

In the memory of James Brown, Cassius "Muhammad Ali" Clay
and all the women who made history.

 

Points de vente:

Blind Spot (Rennes)

Rockin'Bones (Rennes)

T-DT-B (Lannion)

Toolbox (Paris)

Distro Marasm (Paris)

La Face Cachée (Metz)

Corner Records (Lorient)

 

 

Video :

 

 

Discographie :

https://www.discogs.com/artist/351284-Mistress-Bomb-H

 

 

Chroniques / reviews :

 

Quelques boum et quelques bong pour commencer. « Macho Macho World ». Des gouttes de piano. La voix se démultiplie, elle se retrouve altérée de diverses façons. Une nappe vrillée. Des bruits grouillants et secs à la fois. Et le tout de s’évaporer après quatre minutes seulement. La dernière fois, Mistress Bomb H nous avait laissés aux abords d’une Salle De Shoot en compagnie de Jessica93. On la retrouve aujourd’hui toute seule mais toujours au plus près d’elle-même. De plus en plus près même. Say It Loud : I’m Girl And I’m Proud annonce la couleur dès son titre sans qu’on ait besoin de rajouter quoi que ce soit. Toujours très minimaliste, en quelques sons, son électro plante une atmosphère, un décor. Toujours ultra-personnelle, elle la rehausse parfois d’une guitare, de quelques chœurs ou d’autres trucs glanés ici ou là – « Building work, transports and police watch : curious sounds everywhere » annonce-t-elle – et cela suffit amplement à construire des morceaux qui agrippent durablement. Les collages et amoncellements de Mistress Bomb H s’avèrent de plus en plus ciselés, les nappes-Terminator sont moins omniprésentes (même si on les appréciait beaucoup) et Hélène Le Corre donne l’impression d’avoir ouvert les fenêtres en grand. On le ressent aussi au niveau du chant. Bien plus en retrait qu’il ne l’a été jusqu’ici et parfois même complètement muet, moins altéré aussi, tout en restant l’un des moteurs importants de sa musique, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. L’électro de combat s’est fortement nuancée, s’est aérée tout en demeurant tendue et implacable. L’humeur générale n’est toujours pas au ripolinage des émotions ou à l’arrondissement des angles. Chaque vignette tient du manifeste et contient son lot d’inquiétude, d’exaspération et d’interrogation. Il en découle un genre de militantisme où l’intelligence et la finesse ne disparaissent jamais sous le poids de la doctrine.

La seule chose que l’on pourrait reprocher à Say It Loud : I’m Girl And I’m Proud, c’est sa trop courte durée. Six titres en tout et pour tout. Avec suffisamment de variations pour résister aux écoutes répétées néanmoins. Peu de rapport entre la vibration orientalisante de l’éponyme et celle beaucoup plus éthérée de Reverse Matter par exemple ou entre la tension du fracturé Jungle Queen et le souffle très mélancolique qui habite le merveilleux MLFMBH. Le propos reste certes le même mais la dénonciation du patriarcat conquérant prend des formes in fine très différentes. Balançant un bon coup de grole dans la gueule des misogynes de tout poil, l’amalgame électro-indus de Mistress Bomb H milite pour l’ouverture et le mélange au cœur même de ses morceaux. En agrafant des bouts d’ici à des fragments de là, en intégrant ce qu’il faut de répétition aliénante dans ses structures mouvantes, en préservant son souffle industriel et ses velléités expérimentales, en n’édulcorant rien, en travestissant encore moins, elle décuple l’impact de sa dialectique. Sa musique se montre toujours plus singulière, toujours plus maîtrisée sans jamais en affadir la spontanéité. Les lames de fond féroces qui la parcouraient sont toujours là mais donnent l’impression d’avoir été domptées et elles s’emboîtent parfaitement dans l’ensemble. On reconnaît immédiatement la patte de la nucléaire demoiselle mais on est bien loin pourtant du déjà très recommandable 9 Pictures. Elle a continué à forger sa musique comme on forge sa propre parole, elle a construit et posé son identité, sa particularité et ce faisant, avec cet album, avec ces six morceaux, elle nous rend toutes et tous fiers d’être une femme. Au fond, l’impact de Say It Loud : I’m Girl And I’m Proud correspond pile-poil à sa chouette pochette : un coup de pied aérien, élégant et destructeur.

Très fortement recommandé.

leoluce - Descendre à la cave

 

 

Prêtresse d’une électro ombragée, qui touche à l’indus, Mistress Bomb H poursuit son inobéissant parcours avec Say it loud-I’m girl and I’m proud, qui inclut six titres. Protégée de chez Kerviniou Recordz, elle en honore le côté décalé en jouant des morceaux sombres, expérimentaux (Destroyer), bardés de sons dingues.

Elle amorce sa contestation avec Macho, électro rêveuse et psyché qui sans plus attendre la démarque. Elle a le sens de l’ornement et ne le fabrique jamais conventionnellement. I’m girl and I’m proud, qui donne donc son nom à l’EP étendu, balourde lui une cold-wave triturée, valorisée elle aussi par des sons “gris” et ingénieux. Mistress Bomb H pousse le propos de sa précédente sortie et affirme son genre, à la croisée des genres et marqué par sa griffe sonique.
assé le Destroyer décrit plus haut, Reverse matter étend l’addictive étrangeté du rendu, obscur et vaporeux. Il se dégage du disque un groove souterrain prenant. Jungle queen installe sa pulsation électro, sur fond cold bien entendu, à relents indus de par la répétition des plages sonores. Les tempos lents renforcent contre toute attente l’attrait de son labeur. Ils enfoncent, de façon plus marquée encore, les climats conçus par Mistress Bomb H. Il revient alors à MLFMBH de finir le boulot. Ce qui sera fait sur une note à la fois claire et souillée, dans une parfaite alliance des deux. Décalé et captivant et surtout, loin de toute compromission.

Will Dum - Muzzart

 

 

Faut dire les choses comme elles sont, j'avais pris une sacrée mandale dans la gueule la première fois que j'ai écouté 9 Pictures. Je ne remercierai jamais assez Mr Titi de Tourne Disque & Tire Bouchon de l'avoir dans ses bacs, le jour où je l'ai vu en vrai, après des années de commandes et échanges de mails. J'ai également beaucoup écouté la face b de Salle De Shoot, le split Mistress Bomb H/Jessica 93. Et je ne vous parle même pas d'Ex Fulgur (trio dans lequel elle tient la guitare), dont j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais dans ces mêmes pages. Et bim, voilà que pour terminer 2018 comme il se doit, la Rennaise nous sort un nouvel album, I'm Girl And I'm Proud, histoire de faire rager ceux qui trouvent que poster un top de fin d'année dès le mois de novembre est une grande idée. Même si je pense qu'elle s'en fout de ces classements qui se regardent le nombril.

En six titres et 26 minutes, I'm Girl And I'm Proud exprime toute le talent de la Rennaise pour le collage industriel, pour les ambiances pesantes et les beats chelous, le poing levé tout en insoumission durant tout l'album. L'expérimental noise se mélange aux samples percutés avec soin, comme ce violon arabisant sur le morceau-titre, frôlant l'hardcore avec "Destroyer". Mistress Bomb H n'est pas la pour vous caresser dans le sens du poil, mais plutôt pour vous irriter les tympans, pour vous faire ressentir un certain malaise, avec une lenteur maladive. Ce serait tellement facile de nous étouffer avec une rythmique genre double pédale dans la tronche, mais non, elle a tellement de vice en elle que du downtempo suffit à insuffler cette dose d'angoisse permanent.
Oui, 26 minutes c'est bien trop court. Quand "MBHMLF" s'arrête, on aimerait évidemment changer de face, se dire qu'on est à la moitié de l'album, mais non. Tout est là, tout est dit. Alors on se le réécoute, on en décèle les secrets, on fouille dans les coins, on savoure, on exulte, et on le réécoute une nouvelle fois. Merci Mademoiselle Bombache.

X_Lok - X-Silence